Des hommes courent dans la montagne
Les leviers de la Performance selon Olivier Krumbholz

Le 20 novembre 2020, Olivier KRUMBHOLZ, entraineur de l’équipe de France féminine de Hand Ball, expliquait dans une interview (auprès de Signature by Profils Systèmes, sponsor de l’équipe de France) ses recettes et convictions sur les leviers de la performance. Accès à l’article

Aujourd’hui, quelques mois ont passé, et la France est Championne Olympique. Cette interview a d’autant plus de richesse que ce qu’il explique a semble t’il fonctionné et contribué au succès final !!

Dans cet article je vous propose de revenir sur les clés de succès évoqués par Olivier KRUMBHLOZ, pour faire le lien avec ce qui est transposable en entreprise.

Voici les 5 questions posées à l’entraineur des bleues :

  1. Comment gérer la performance de l’individu au sein d’un collectif ?”
  2. “Avez-vous des recettes pour maintenir une performance dans la durée ?”
  3. “Comment intégrer les nouvelles générations au fil des années ?”  
  4. “Comment gérer la contre-performance individuelle et l’échec ?”
  5. “Comment entretenez-vous la motivation d’équipe ?”

Pour chacune de ces 5 questions, je te propose de faire ressortir la clef d’Olivier KRUMBHLOZ, et la manière dont elle peut être transposée en entreprise. C’est Parti !

Comment gérer la performance de l’individu au sein d’un collectif ?”

Clef 1 : « Il y a une interaction permanente entre performance individuelle et collective. J’estime que l’accompagnement individuel est fondamental pour amener les joueuses à être performantes. J’ai une formule :

On cesse d’être bon quand on renonce à être meilleur’.

Oliver K a décidé de mettre en place des entretiens individualisés avec chacune de ses joueuses. Le seul travail en collectif n’est pas suffisant pour aller chercher la performance. Il sait trop bien qu’il faut éviter un effet classique de paresse collective (compter sur l’effort de son voisin, de manière inconsciente) C’est la seule condition pour faire progresser chacune, individuellement.

Clef 2 : « Mais pour qu’une joueuse progresse, il n’y a pas de secret. Vous devez obtenir son respect. Et pour cela, vous devez lui montrer que vous cherchez des solutions pour que son jeu s’améliore ».

Cela nécessite pour le manager/entraineur d’être en capacité de nourrir et de s’intéresser vraiment à ses joueurs. Pour cela, il est capital de savoir faire des Feed-backs, et de comprendre que la capitalisation par le joueur, de ce qu’il a mis en oeuvre pour réussir ou échouer, est une clé puissante pour continuer à progresser.

Clef 3 : « Le handball est une aventure humaine à plusieurs. Chaque joueuse peut douter, quel que soit son niveau…La confiance en soi est fondamentale pour réussir dans ce contexte. Le moindre temps d’hésitation génère un échec sur une phase de jeu, et le doute peut s’instiller. Et quand une joueuse plonge mentalement, elle perd la fluidité de geste ».

Et oui, la psychologie humaine !!! Un individu peut parfois être rattrapé par les doutes, les peurs,… C’est un ingrédient de la performance. NON ce n’est pas de la psychologie au sens, on se mêle de la vie privée des gens. OUI, c’est la psychologie qui consiste à comprendre comment fonctionne un individu. Les managers doivent se former et être formés pour savoir identifié les blocages, sans jugement, pour confier alors le joueur, le collaborateur à un expert (le coach, le préparateur mental) pour aider le joueur/collaborateur à dépasser ses « freins internes »

“Avez-vous des recettes pour maintenir une performance dans la durée ?”

Clef 4 : « Rester constant sans tout le temps gagner, maintenir un niveau d’ambition à son plus haut niveau, c’est le plus difficile. Le succès peut amener à une surestime de soi, à oublier les efforts nécessaires à fournir pour réussir. Certains athlètes peuvent aussi croire qu’ils sont devenus dépositaires d’un savoir-faire de réussite.
Or, en équipe de France, on ne refait jamais ce que l’on a accompli la fois d’avant. Même s’il ne faut pas tout remettre en cause tout le temps. Une recette ? Veiller à un équilibre. Si vous ne changez jamais rien, ce n’est pas bon. Et si vous changez tout, tout le temps, tout le monde est perdu. »

La conduite du changement, la transformation, sont des thèmes très à la mode en ce moment en entreprise. Je ne connais pas un CODIR qui n’emploie pas ces termes. Parfois, souvent les changements sont rapides, brutaux, accompagnés de vagues de départ, de perte de connaissance et d’expérience. Les changements de managers s’enchainent parfois avec frénésie. Les équipes de France de sports collectifs, en succès aux JO, se distinguent toute par la ; la longévité et la confiance au staff en place ! A méditer donc !

“Comment intégrer les nouvelles générations au fil des années ?”

Clef 5 : « Les choses se déroulent naturellement, dans 80 % des cas. Certaines jeunes joueuses manquent d’empathie, au départ. C’est normal, mais il faut débloquer ces situations.
Nous avons recours à du coaching, sur le plan mental et cognitif. Le préparateur mental intervient sans le staff. Il encourage la libération de la parole des joueuses. C’est important que chacune puisse entendre le ressenti, les émotions, les difficultés des autres. Telle joueuse croît connaître sa partenaire, alors qu’elle ne se rend pas forcément compte des difficultés traversées par celle-ci. »

Il est intéressant de constater que je sujet ne provoque pas un clivage ! Au contraire, la libération de la parole individuelle est prônée. C’est déjà un signe, en soi, de l’acceptation de la difficulté pour les intéressés à vivre le sujet. Le conflit de génération n’est pas présenté comme le problème ! C’est la façon de le regarder qui est le problème ! Je vois peu de sujets de coaching sur ce sujet ! Ou alors, ils sont présentés. comme de la résistance aux changements

“Comment gérer la contre-performance individuelle et l’échec ?”

Clef 6 : « Face à la contre-performance, il faut, surtout, ne pas culpabiliser l’athlète. Une joueuse qui vit cette situation a déjà tendance à culpabiliser, car elle sait que sa prestation impacte l’équipe. Les relations doivent rester stables, même en cas de difficultés de la joueuse. Sinon, on renforce la difficulté ».

La posture du manager est fondamentale dans la phase de Débriefing. La question trop souvent entendue (par maladresse) est ; pourquoi tu as fait cette erreur ? Elle devrait être au contraire ; Qu’est-ce qui s’est passé, au sens ; « comment je m’y suis pris pour échouer ». L’idée n’est ni de culpabiliser, ni de déresponsabiliser ! Cette posture de « contrôle positif » consiste à aider à diagnostiquer le comment de l’erreur, pour trouver les solutions adaptées et repartir avec un objectif concret ; une action corrective. C’est plus positif !

Clef 7 : « Dans le sport de haut niveau, deux sentiments doivent être évacués : l’angoisse et la culpabilité. Nos réponses sont à la fois techniques, par le coach, et psychologiques, avec le préparateur mental. »

La gestion des émotions est apparue comme une clef du succès, dans le sport. Le sujet fait son chemin dans l’entreprise. C’est souvent la mission des coachs aux quels revient la mission d’aider une personne à mieux gérer ses performances. C’est déjà une bonne chose. Les managers ont encore à apprendre à mieux détecter le signaux faibles pour mieux intervenir au bon moment et à bon escient. L’émotion est parfois encore décryptée (maladroitement) comme un manque de confiance ou de motivation !

“Comment entretenez-vous la motivation d’équipe ?”

Clef 8 : « La spécificité de mon poste, c’est que je ne vois les joueuses que tous les 3 ou 4 mois. Le reste du temps, elles évoluent dans leurs clubs respectifs. C’est très frustrant ! Heureusement, les visioconférences nous permettent de garder le lien.  Nous faisons tout pour que l’équipe de France soit toujours ouverte, même à distance. Une plateforme vidéo, à travers laquelle nous débriefons les images de matchs, a par exemple été créée. Et nous nous déplaçons pour voir les joueuses en match, avec leurs clubs ». 

Garder le lien, utiliser la technologie.  Olivier K continue à maintenir des temps individuels avec les joueuses. Et cet entretien a pour but de faire rendre compte les joueuses (débriefing de leurs analyses vidéo des matchs) pour mieux leur permettre de se rendre compte. Il y a donc un phénomène d’implication par la responsabilisation individuelle, cela est très puissant. Le management, souvent informel dans beaucoup d’entreprises, a voler en éclat avec la pandémie. Celle-ci n’a fait qu’accentuer le manque de rituels managériaux déjà quasi inexistants. Croyons-nous qu’Olivier K et les joueuses de l’équipe de France ont cherché une excuse avec le COVID ? Non, les rituels en place ont continué, sous une forme différente.

Clef 9 : « La communication reste une préoccupation de tous les instants. En présentiel, j’attache beaucoup d’importance à la communication non verbale, à travers une attitude dynamique, ouverte. Se préparer à la prise de parole, sa gestuelle…Un groupe vit d’autant mieux si chacun sourit, est stable au niveau émotionnel. Il y a déjà beaucoup de stress dans le sport de compétition. Ce n’est pas la peine d’en rajouter par une attitude négative.

Olivier K a fait du comportement, un pilier central de ses règles du jeu. L’importance de venir avec une intention positive dans les temps de réunion. Purger les problèmes individuels en individuel, et non pas en collectif. Ceci est possible car le dispositif est bien équilibré entre ; des temps individuels avec le coach, des temps individuels avec le préparateur mental pour gérer ses émotions, et des temps collectifs, dans lesquels chacun est bien au service du collectif, avec une qualité relationnelle forte ; oser dire et oser entendre et recevoir des feeds-backs. En entreprise, je vois souvent, exclusivement des temps collectifs (en apparence un gain de temps), souvent peu productifs en fait, car parasités par des problématiques individuelles, non résolues en dehors de ces instances.

Clef 10 : « J’ai 62 ans, et une longue expérience dans le milieu du handball, comme joueur puis comme entraîneur. À mon âge, je me dois de leur apporter de la stabilité et du recul. Au final, le vrai moteur de la motivation, c’est l’enthousiasme ! Toute équipe qui n’est plus enthousiaste de jouer est en danger. Et il faut alors s’interroger sur les raisons qui ont amené à cette perte d’enthousiasme. En étant lucide, car les causes sont toujours multiples. »

Ce que le monde de l’entreprise a le plus à apprendre du monde du sport, selon moi (je le dis avec la plus grande humilié) c’est l’art du débriefing et de la remise en question. La performance, ce n’est pas simplement de la préparation et de l’action, c’est aussi la capitalisation. Comprendre le comment ; comment on s’y prend pour réussir, comment on s’y prend pour échouer ! Ce temps est souvent zappé en entreprise. Pourquoi ? Selon moi, il est nourrit pas la croyance qu’en entreprise, on est en compétition tout le temps ! C’est mal connaître le sport. JE peux vous assurer, que certains entrainements, sont des vraies compétitions, des vraies mises en situation, des mises en échec programmée. Dans le sport comme dans l’entreprise, choisir d’être prêt le JOUR J, être à son pic de forme est un enjeu majeur ; une négociation annuelle, un exercice budgétaire, les revues de carrières, les sélections produits…

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Le vrai moteur de la motivation, c’est l’enthousiasme

Cet article s’inspire de l’interview d’Olivier Krumbholz, du 20 novembre 2020 par Signature by Profils Systèmes.

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